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Portail pédagogique des musiques modales

Iran

Dastgâh Homâyun

  • Genre :
    Musique savante
  • Tradition :
    Maqam, musique persane lettrée, style classique
  • Titre de la pièce:
    Dastgâh Homâyun
  • Spécificités:


Artistes : 
Mozafar Shafi'i (chant)
Farhâd Zâli (ney)
Arash Mohâfez (santur)
Farid Kheradmand (zarb/tombak)

Vidéo © Courtesy of Hedyar Aliyev Fondu - Foundation Hedyar Aliyev.


Présentation générale de l'œuvre

Le développement de ce dastgâh présente des affinités avec le Mugam Bayati Isfahân (Azerbaïdjan) ainsi qu'avec l'âvâz-e Esfahân (Iran).

Concert classique persan donné à Bakou en Azerbaïdjan, en 2009 par Mozafar Shafi'i (chant) Farhâd Zâli (ney) Arash Mohâfez (santur) et Farid Kheradmand (zarb/tombak), filmé et diffusé par la Télévision Nationale d'Azerbaïdjan.

C'est une performance de musique persane traditionnelle, représentative autant de la forme du concert public que privé et convivial, puisqu'elle ne compte que deux instruments mélodiques, une percussion et un chanteur, alors que sur scène, on aligne souvent beaucoup plus d'instrumentistes. Il se déroule dans le système modal (dastgâh) Homâyun, l'un des 12 dastgâh / âvâz persans.

Structure de la pièce

1ère section

—Préambule (pish-darâmad), arrangement par Jean During sur le cycle rythmique Gardun de Boukhara en 8/4

—2'55 Introduction (darâmad) : polarisation du La demi-bémol. Santur puis voix.
Remarquer que le santur suit la mélodie du chant puis "répond" aux phrases du chant comme en "écho" avec quelques variantes. On appelle ce procédé "réponse du chant" : javâb-e âvâz.

—4' Finale sur Sol. Introduction mélismatique sans texte, réponse "en miroir" du santur.
—5' Poème (ghazal) : du poète Sa'adi (XIIIe siècle)

Del az mahabat-e donyâ o âkherat kandam
"Mon cœur s'est coupé des affects de ce monde et de l'au-delà"

—Gamme Mi demi-bémol Fa SOL LA demi-bémol Si Do Ré
—Longue réponse du santur
—On reste toujours sur les mêmes structures modales
—7'02 On atteint le registre aigu avant de redescendre au point de départ.

2ème section

Introduction vocale sans paroles. Polarisation du La demi-bémol. Le santur répond comme en écho :

—8' conclusion sans paroles
—Tahrir. Ce mélisme se trouve aussi dans le grand gushe Râk
—8'35 On passe très habilement, et d'une façon peu courante en Segâh, toujours sur le même ghazal
La mélodie atterrit sur Mi demi-bémol au lieu de Sol (ou à la rigueur sur Fa) comme c'est l'usage dans Homâyun. La polarisation du Mi demi-bémol constitue une grande modulation, une sortie de Homâyun vers Segâh.
Gamme : (Do) Mi demi-bémol Fa SOL La demi-bémol Sib Do Ré.
La tierce finale Do Mi demi-bémol est typique de Segâh
Le ney répond phrase par phrase au chant mais le santur gazouille dans le fond, produisant une hétérophonie.
—10'15 Toujours en Segâh, un quatrain (dobeyti) de Bâbâ Taher vient s'insérer au milieu du ghazal de Sa'adi

—11' intermède du ney : bref chahârmezrâb en rythme pulsé, puis libre

—11'44 Reprise du chant0

—12'45 Toujours en Segâh, conclusion en forme de tahrir (mélisme)

—13'12 Réponse en miroir du ney et du santur

—13'52 Passage à l'octave inférieure > retour au ghazal du début

—14'20 Retour explicite à Homâyun par la polarisation du La demi-bémol

—14'50 Intermezzo instrumental : reng, une forme classique inspirée des airs de danse. Elle marque le retour à Homâyun, mais dans la seconde phase de ce mode où le centre s'est déplacé de Sol / La demi-bémol sur Do

3è section

—15'40 Polarisation du Do : on est dans l'âvâz ou gushe Chakâvak. Le même ghazal est présenté.

—17'23 Intermède : chahârmezrâb au santur avec zarb sur un 6/8 très rapide. Ces pièces sont souvent arrangées au préalable par l'interprète mais peuvent aussi être totalement ou en partie improvisées. Elles reposent sur des formules chiro-métriques (tours de mains spécifiques et répétitifs).

—19'48 Reprise du chant : Biâ biâ sanamâ, un autre ghazal . On se rapproche de l'âvâz Isfahân (cf. la version azerbaïdjanaise de Isfahân jouée par Bahram Mansurov).

—21'45 La suite de note Si Do Ré Mib Do Ré ... est le motif essentiel

—23' Tahrir proche de celui des gushe Nowruz ou Râk

—23'40 Noter le motif de conclusion typique.

—23'45 Le grand gushe Bidâd polarisant la quinte (Ré). Même poème.

—24'50 Chahârmezrâb au santur et ney avec zarb (composé par les interprètes, pas improvisé).

—26' Sur un fond rythmique, le chant énonce librement des vers. Ce genre appelé taqsim muwaqqa' par les Arabes est apparu ou réapparu récemment en Iran. Entre les vers, les instruments se retrouvent sur un thème commun.

A partir du nouveau centre qui est Ré, on est passé au gushe Bayâte Râje. Ce n'est pas non plus une modulation courante, mais elle passe bien (puisqu'elle est typique de l'âvâz Esfahân), et de toute façon avait été prévue par les musiciens lors de leurs répétitions, elle n’est donc pas improvisée.

—30'05 Gushe Awj ("culmination'" ou Oshshâq, deux noms possibles. Gamme Ré Mi demi-bémol Fa Sol La demi-bémol. Après une introduction sans paroles, les vers sont tirés d'un autre ghazal

—31' 20 Tahrir conclusif suivi d'un chahârmezrâb au ney et zarb

—32'40 Reprise du chant

—33'30 Retour au grand gushe Bidâd, toujours avec polarisation du Ré

—34' Tasnif (ici, chanson semi classique, en 4 temps). C'est à l'origine une chanson populaire de Shiraz, transmise par Habib Somâ'i (1905-1946)

—38' Le public applaudit, mais la performance n'est pas finie

On aborde une autre phase de Homâyun avec des mélodies modales (gushe) typiques de la région du Fars (Shirâz) qui sont dans le mode (âvâz) Shushtari, rattaché à Homâyun. Shushtari est proche d'Esfahân, mais dont sa zone d'action est le premier tétracorde, alors que dans Esfahân c'est le second.

—38'15 : Gushe Leyli o Majnun. Pour certains c'est l'une des mélodies les plus émouvantes du répertoire. Les musiciens brodent.

Autre poème de Sa'adi :

Faryâd-e man az ferâgh-e yâr ast, habib-e man
Afghân-e man az gham-e negâr ast,
Dard-e del-e man ze hadd gozasht ast
Jânam ze ferâgh bi qarâr ast

Ma plainte vient de la séparation d'avec l'Aimé
Ma lamentation vient du tourment causé par sa beauté
La douleur de mon cœur a dépassé la limite
Mon âme est bouleversée par l'éloignement

—40'30 Tahrir

—41'10 Gushe Mansuri : ici on est passé en Chahargâh avec la gamme Sol La demi-bémol Si Do Ré demi-bémol (au lieu de Ré) Mi Fa.

—43' Tahrir

—43'50 Habile retour à Homâyun : après avoir insisté sur Do, on fait réapparaître le Ré.

Conclusion dans le mode initial.

Après les modulations, il faut généralement terminer un mode (maqâm, dastgâh, âvâz, etc.) par son commencement. On revient à la polarisation sur le La demi-bémol et la conclusion sur Sol.

—45'30 Un concert se termine généralement par un tasnif (chanson classique) suivi d'un zarbi (pièce instrumentale mesurée). Ici un tasnif en 6/4 suivi d'un zarbi en 7/8 arrangé par Jean During.

Dans un tasnif, les instrumentistes sont conviés à reprendre les refrains ensemble. Ce tasnif est ancien, et considéré comme difficile, sur un poème de Hâfez (XIVe siècle) :

Be molâzemân-e Soltân ke resânad in do'â râ
Ke be shokr-e pâdeshâhi ze nazar marân gedârâ

Par le biais des dévoués au Sultan j'adresse cette prière
En reconnaissance à ta royauté, ne détourne pas la tête du mendiant

—50' Zarbi en 7/8

—52' Applaudissement chaleureux du public en majorité azerbaïdjanais.

Contexte

Contexte social de la forme étudiée

Bien qu'il s'agisse d'un concert public, une performance de ce type peut avoir lieu dans un contexte privé, entre musiciens et mélomanes.

Les miniatures persanes remontant à cinq siècles montrent des ensembles de ce genre. Les petits ensembles sont aussi la norme pour les traditions des pays voisins (Azerbaïdjan, Irak), mais avec l'occidentalisation, la soviétisation et les besoins de la scène, on étend parfois les groupes jusqu'à dix, vingt ou plus.

Le contexte social a varié aussi : en Iran, un concert comme celui-là peut attirer des centaines de personnes, voire des milliers pour des vedettes du chant comme Shajarian. Malgré tout, les amateurs avisés sont peu nombreux. On ne peut pas identifier une classe sociale comme public pour cette musique, car elle compte des amateurs dans toutes les classes.

Comparaison

Elements comparatifs

Homâyun est un ancien mode persan (maqâm) déjà analysé dans des écrits du XVe siècle. Il a été adopté par les Turcs, par les Irakiens puis au XXe siècle par les Azerbaïdjanais, mais avec des micro-intervalles différents, notamment le La demi-bémol qui devient un Lab. La polarisation du La demi-bémol le distingue des maqâm arabes de la famille Hijâz comportant un ton augmenté (genre "mineur harmonique").

Essayer de chanter juste sur cette gamme n'est pas facile car ce n'est pas du "mineur oriental", ni du Hijâz arabe standard.

Pour aller plus loin :

- Écouter un Homâyun assez complet joué au ney par Mohammad Musavi (Iran : Les maitres de la musique traditionnelle : Vol. 1 / Ocora C 560024 Paris 1979)

- Version compacte pour târ ou setâr, remontant à plus d'un siècle, transcrite par Jean During. Extraits du dastgâh Homâyun en version instrumentale :

Daramad modifie 450

Bidad

Leyli

Shustari

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